CB02
Derive
Une collection de formes non exhaustive
Marion Sagon
2015

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Impression numérique sur papier 350 g mat
10 x 21 cm
70 ex.
Diffusion par voie postale à des destinataires choisis par l’artiste

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Si l’accès au proche et au lointain peut s’envisager encore par le déplacement physique, le développement de la connaissance topographique des territoires par l’intermédiaire de la cartographie satellite, accessible sur Internet, offre également la possibilité d’une exploration virtuelle et ce faisant sédentaire. Dans cette perspective, alors que seul le regard peut se promener là où s’est opéré le choix de destination du voyageur ainsi embarqué, Marion Sagon a choisi de dériver visuellement – comme l’on surfe en ligne et par ricochets de lien en lien et de fenêtre en fenêtre, d’une ville capitale à une autre afin de saisir et d’extraire des éléments architecturaux de ce monde construit, ainsi vu de manière aérienne.
Choisies d’abord pour leurs caractéristiques formelles de motifs simples ou géométriques, les figures architecturées retenues apparaissent in fine débarrassées de tout signe distinctif, d’éléments de contexte et d’échelle, et émergent, solitaires, de la densité d’un tissu urbain ainsi rendu absent, dans une prégnante nudité d’information.
Que regarde-t-on ? Dans quelle géographie se pose donc le regard ainsi globalisé et pourtant à l’instant situé ? Que peut-on reconnaître d’une masse ainsi livrée à l’état d’une image qui semble issue précisément d’un environnement numérique, par ailleurs dépourvue de matérialité concrète et dont la signification est réduite à l’état d’un volume simulé ?
De cette proximité verticale permise en surface avec les éléments d’une réalité autrement vécue d’ordinaire à l’horizontale, il faut retenir que le savoir que l’internaute en constitue n’est pas nécessairement disponible au bout de la connexion de façon à le posséder dans sa totalité. Bien au contraire, le sentiment d’une accessibilité favorisée du réel éloigné fait oublier la dimension incomplète de la somme des données visuelles mises en ligne du fait d’un l’oeil-satellite qui ne saurait encore être totalement omniscient dans la transcription cartographique de la simulation en trois dimensions qu’il produit de l’occupation de la surface terrestre. Alors, par l’entremise d’images éthérées qui ajoutent à l’absence d’objectivité d’origine du dispositif Google Maps, se mobilise ici, dans cette « collection de formes non exhaustives », l’impression d’une virtualité fictionnelle propre aux animations des plateformes de jeux vidéos, si ce n’est celle de la projection d’un monde à venir.
En somme, ce que la technologie informatique peut produire de vérité augmentée, le virtuel le simule en produisant un écart entre ce qui est observé et transmis du réel, tandis que l’image en art en fabrique par extension une apparition sommaire et latente de laquelle tout effort de reconnaissance semble échapper devant cette forme aussi formée qu’in/formée.
— Mickaël Roy

CB02
Derive
Une collection de formes non exhaustive
Marion Sagon
2015

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Digital print on a matt 350 g paper
10 x 21 cm
70 ex.
Diffusion by mail to selected recipient chosen by the artist

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If access to the near and distant can be considered through physical movement, the development of topographic knowledge of the territories through satellite maps, on the Internet, offers the paradoxical possibility of both sedentary and virtual exploration. In that way, so that only the eyes can wander where took place the choice of destination, Marion Sagon chose to drift visually – as you surf online from link to link and from window to window, from a capital city to another to capture in order to retrieve architectural elements of this world built and seen from an aerial perspective.

Initially chosen for their formal characteristics or simple geometric patterns, architectures figures appear ultimately cleared of any distinctive sign, elements of context and scale, and emerge, solitary, in the density of the urban fabric thus made present, in a significative starkness of information. What are we staring at in this globalized but yet located geography? What can we recognize in this shape delivered in the state of an image from a digital environment but that also lacks of a concrete materiality and whose meaning is reduced to the status of a simulated volume?

From this vertical angle on the surface of a reality otherwise usually experienced horizontally, we have to keep in mind that the knowledge kept par the user might not be available entirely once the connection stopped. On the contrary, the feeling of an easy accessibility to this remote reality make us forget the incomplete dimension of the sum of visual data placed online collected by an eye-satellite which can not yet be fully omniscient regarding the three-dimensional map transcription it produces. This « non-exhaustive collection of forms » tends to bring, through ethereal images evoking the absence of objectivity of Google Maps, the impression of a fictional virtuality that can be found in video games and the projection of a world to come.

While the virtual simulates an augmented truth by producing a gap between what is observed and what is transmitted from reality, the art image is building a brief and latent appearance in which any effort of recognition seems to fail in front of this formal but informed modelization.
— Mickaël Roy

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